Préhistoire et Protohistoire

Dans le secteur du Vuache, on a retrouvé des traces d’occupation humaine datant de la fin du Néolitique (âge de la pierre polie), notamment des silex dans les grottes de Savigny. De gros blocs erratiques ornés de petites coupelles appelés «  pierres à cupules » y ont été également découverts. Des objets, outils, armes, bijoux datant de l’âge de bronze (de – 2 300 à – 800 avant JC) ont été retrouvés de manière éparse dans différents sites (une hache à ailerons à Arcine, une épingle à Vulbens).
A l’âge du fer (de – 800 à – 100 avant JC), diverses populations ont certainement foulé le territoire communal en raison de sa situation face au défilé de l’Ecluse, passage important d’invasions (Burgondes, Helvètes…). Il existe d’ailleurs au sommet du Vuache, au voisinage de l’oratoire de Sainte-Victoire, quelques éléments de l’enceinte d’un oppidum (camp retranché allobroge). Ces Allobroges étaient des Gaulois venus du Nord et de la Suisse occidentale.

Epoque gallo-romaine

En 121 avant Jésus Christ, les Allobroges furent battus par les Romains et leur territoire incorporé à la province Narbonnaise. Les Romains exercèrent alors leur domination et s’installèrent sur les oppidums allobroges. En 58 avant J.C., ils construisirent le long du Rhône une fortification de près de 22 km allant de Genève jusqu’au pied du Vuache pour contrer le passage des Helvètes  (réf. Jules César – la guerre des Gaules). Ainsi, de Cologny jusqu’au mont Vuache, les soldats romains exécutèrent plus de 1 600 mètres de retranchements. D’après les recherches qui ont été faites, il ne reste que quelques éléments de ce « Murrus Fossaque » (plus connu sous le nom de « mur de César »).

Durant cette période, les Romains développèrent un vaste réseau de communication (voies romaines) ainsi que l’agriculture tout autour du Vuache, en témoignent les vestiges de grandes maisons rurales à Clarafond, Arcine, Chevrier et Vulbens. Une belle statuette représentant le dieu romain Bacchus (musée d’Art et d’Histoire de Genève) a d’ailleurs été retrouvée sur le territoire de notre commune en 1870 lors de la construction de la ligne ferroviaire.

Invasions burgondes

Après les premières invasions germaniques, au IIIe siècle après J.C., la paix revint et le christianisme devient religion d’Etat. Puis s’en suivirent de nouvelles invasions dans la première partie du Ve siècle et ce sont les Burgondes, alliés aux Gallo-Romains, qui s’installèrent en Sapaudia, entre Jura et Léman.
De 443 à 534, Chevrier a donc appartenu au royaume Burgonde. D’ailleurs le nom « Vuache » viendrait du Burgonde «  Watha » signifiant « guet » mais il existe d’autres hypothèses sur l’origine de ce nom.
Les Francs annexèrent ensuite ce royaume.

Epoque féodale: domination de la Seigneurie du Vuache

Du Xe jusqu’au milieu du XIIIe siècle, le village dépendait principalement des Seigneurs du Vuache dont le château aujourd’hui disparu se trouvait à Vulbens. C’était un carrefour d’échanges transitant par le gué à Cologny et le port des Isles (Collonges). L’Abbaye de Chézery dans l’Ain (ordre cistercien), fondée en 1140, possédait également à Chevrier des terres, dîmes et droits seigneuriaux. C’est d’ailleurs dans les archives de cette Abbaye qu’apparaissent les premières mentions connues du village de Chevrier, en 1265.
La paroisse était dédiée à Saint-Martin, tout comme Arcine ; elle fut attestée à partir de 1295 et appartint alors au diocèse de Genève. L’évêque Jean de Bertrand fit mention de la paroisse de Chevrier lors de ses visites pastorales de 1411-1414.

Comté de Genève et Duché de Savoie

A partir de 1348, plusieurs épidémies sévirent dans les campagnes et beaucoup de gens mouraient. On recherchât la protection et le réconfort dans le culte de Sainte-Victoire.
Chevrier et les villages environnants passèrent sous la domination du Comté de Genève qui fut à son tour annexé à la Savoie en 1402. Au XVIe siècle, les guerres entre les Genevois (protestants) et le Duc de Savoie ravagèrent la région. Les Bernois vinrent au secours de Genève et occupèrent le pays. Chevrier était un des derniers postes avancés avant les régions protestantes. C’est pourquoi un fortin dit « La Petite Cluse » ou « Sainte Vectière » fut construit en 1590 afin de protéger le fort de La Cluse contre les Genevois mais ces derniers attaquèrent le fortin et brûlèrent plusieurs maisons de Chevrier.
La paix revint avec le traité de 1601 par lequel le Pays de Gex devenait français. Chevrier, comme l’ensemble du Genevois, appartenait toujours à la Savoie et au Royaume de Piémont-Sardaigne.
A noter que le premier relevé géographique situant le village date de 1606 (Archives Conseil du Léman).

Carte de Chevrier 1738

En ce qui concerne la vie quotidienne à cette époque, les archives départementales font état d’un recensement pour la gabelle du sel (impôt) datant de 1561-1563 indiquant qu’il y avait plus de pauvres à Chevrier qu’à Vulbens ou Dingy et que parmi les 200 ou 220 habitants, on comptait, outre des familles de notables:  un maréchal-ferrant, un tuilier, un sergent seigneurial, des tisserands de chanvre, un berger communal,  etc….
Un cimetière entourait l’église paroissiale. Les terres collectives comprenaient une carrière, les châtaigniers du mont et des parcelles sous le village. Un ancien pré communal conserve encore deux bornes gravées avec la date de 1761.

Au XVIIIe siècle, c’est la riche famille BURLAT qui tient la douane et la gabelle du sel. Leur maison et leur ferme existent encore (ferme Chatelain) ainsi qu’un carré au cimetière. Une active contrebande de sel et de tabac passait alors par le mont Vuache et le fleuve. Il y avait plusieurs moulins à eau et une vigne surplombait les berges du Rhône. Les habitants voulurent créer une école, et même installer un cabaret sur la grande route ! Certains cherchaient des paillettes d’or sur les rives du fleuve….

En 1792, les Français entrèrent en Savoie et la période révolutionnaire institua le Département du Mont-blanc, puis en 1798, le Département du Léman avec Genève pour chef-lieu. L’église de Chevrier fut abandonnée par le culte en 1793 puis restituée en 1821 comme chapelle rurale dédiée à Saint Joseph.
Il existe dans le Mont Vuache « un sentier des Autrichiens » aboutissant à une plate-forme faisant face au fort l’Ecluse. En effet, ce dernier fut soumis en 1814-1815 aux attaques violentes des canons autrichiens qui s’opposaient à des éléments de la Grande Armée napoléonienne.
A l’effondrement de l’Empire (1815), le traité de Paris rendit la Savoie à Victor Emmanuel, roi de Piémont-Sardaigne.

La Savoie française (14 juin 1860)

Sous le règne de Napoléon III, le village, tout comme la Savoie, opta pour la France au plébiscite de 1860.
Le village s’agrandit : la division des hoiries (héritages), la vaccine (vaccination) et les appels militaires qui faisaient devancer les mariages en sont les principales raisons. Chevrier comptait alors une quarantaine de petites fermes et une fruitière fut fondée vers 1885.

Pour l’anecdote, la population du village était plus élevée au début du 19e siècle que de nos jours ; d’après l’almanach du Duché de Savoie, on recensait 517 habitants à Chevrier en 1828, alors qu’en 1978, 150 ans plus tard, il n’y en avait plus que 182 et qu’au recensement de 2012, nous étions 454 !

Les voies de communication se développèrent avec la construction de la route des Murets (1866/67) en direction d’Arcine et surtout l’achèvement du Pont Carnot en 1873. La construction de ce pont enjambant le Rhône était devenue une nécessité pour remplacer le « bac à trail » reliant les deux rives et il améliora considérablement les transports par route.
Au début du XXe siècle, le chemin de fer du PLM faisait également une halte à Chevrier où une cabane abritait les voyageurs.

pont_carnot

Histoire contemporaine

Les deux guerres du 20ème siècle ont durement frappé le village notamment celle de 1939-45 pendant laquelle Chevrier subit une destruction partielle.
En août 1944, l’armée Allemande, cantonnée au Fort l’Ecluse, subit deux attaques successives des maquisards du Vuache. Les représailles commencèrent dans l’après-midi du 16 août et se poursuivirent le 17. Des hommes furent exécutés : 8 soldats des FFI et 1 civil, Mr Alphonse CHATELAIN, ancien combattant 1914-18. 23 maisons furent incendiées et 26 familles sinistrées. C’est la partie basse du village de Chevrier qui fut particulièrement touchée.

Ce furent de terribles journées d’angoisse pour la population toute entière. Les habitants s’enfuirent dans la montagne jusqu’au village de Chancy, en territoire suisse, qui se chargea de les héberger quelque temps. Une autre figure Chevrier, l’abbé Jean ROSAY, natif du village et curé à Douvaine fut déporté pour avoir aidé des juifs à passer en zone libre ; il mourut en déportation en 1945.
Fin août, les Allemands évacuèrent le Fort l’Ecluse et les sinistrés purent réintégrer la commune où ils furent logés dans les maisons qui avaient été épargnées.
La reconstruction débuta fin 1945 pour s’achever en 1954.

Après la guerre, le canton de Genève, avec l’implantation des organismes internationaux (ONU, BIT, CERN, etc.) avait besoin demain d’œuvre. C’est donc vers la Suisse que peu à peu, les jeunes habitants partirent pour travailler.
Dans les années 50-60, Chevrier reste encore malgré tout un village à vocation agricole avec plusieurs petites exploitations laitières.
Pommiers et poiriers anciens étaient très présents dans le paysage du Vuache,  pour la fabrication du cidre et des « rissoles », pâtisserie locale traditionnellement fabriquée pour Noël avec les poires Blesson.
Mais, c’est à partir de 1975 que la production de fruits pour la vente a pris son essor, sous la houlette de plusieurs agriculteurs locaux qui abandonnèrent l’élevage et la production laitière pour planter des vergers en alignement.
Dans les années 80, les dernières petites fermes qui subsistaient ont peu à peu cessé leur activité par manque de rentabilité. Pour mémoire, en 1960, Chevrier comptait encore une quinzaine de petits porteurs de lait, en 1980, il n’en restait plus que sept et le dernier a cessé son activité en 2005.